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La séance au prisme des études spectatorielles

Programme

Séminaire Kinétraces 2018

Archives mensuelles : janvier 2018    

carte postale des années 1910, collection privée de M. Nicholas Hiley

Le spectateur distrait : les femmes dans les salles de cinéma au début du XXe siècle

Mireille Berton (Université de Lausanne)

Cette intervention propose d’analyser la manière dont la présence des spectatrices a été appréhendée dans les années 1910 et 1920, de sorte à mettre en évidence la prédominance de discours portant sur la visibilité des femmes dans des espaces publics jusque-là dominés par les hommes. Qu’il s’agisse de déplorer les cris des bébés qui accompagnent leur mère, de critiquer les chapeaux volumineux qui cachent l’écran ou de se plaindre de leurs épanchements sonores, les femmes sont considérées comme une entrave au rituel cinématographique. Aux côtés des discours sur les désagréments causés par leurs excès physiques et psychologiques, il en est un autre qui s’est développé sous différentes facettes : l’attraction que représente le corps de la spectatrice, laquelle est en droit de visiter les vues animées sans forcément être escortée par un homme. La spectatrice apparaît alors comme un objet de regard et de désir, au même titre que le film concentre l’attention du public – cette concurrence mettant en évidence l’association implicite entre la femme et les pouvoirs suggestifs des images mouvantes. Aussi, si la fréquentation des lieux de projection par les femmes dérange ou interroge, c’est notamment parce que leur corps constitue un pôle d’attraction qui vient distraire les spectateurs masculins. En ce sens, la femme empêcherait la bonne réception du film et inviterait de manière plus ou moins active aux comportements libertins. Les dangers d’une telle promiscuité sont alors très régulièrement évoqués dans la culture visuelle de l’époque ainsi que dans les discours des réformateurs qui craignent les effets négatifs du cinéma sur les comportements sexuels. Cependant, la co-présence des femmes et des hommes dans les salles ne fait pas uniquement l’objet d’une stigmatisation au prétexte qu’elle constituerait un obstacle à la constitution progressive d’un spectacle discipliné obéissant aux normes du bon goût bourgeois ; elle permet également d’offrir un accès à des expériences sociales et sexuelles alors inédites, offrant aux femmes une forme d’émancipation en dehors de l’espace domestique. Avec l’appui de documents d’époque (coupures de presse, ouvrages, cartes postales, films, articles de revues de cinéma, etc.), je souhaite explorer les enjeux liés à la dimension excessive de la spectatorialité féminine, afin de mettre en exergue la complexité de certains discours et représentations partagés entre indignation et fascination, mais aussi entre respect des codes moraux, enthousiasme pour la modernité et opportunisme économique.

Mireille Berton est maître d’enseignement et de recherche à la Section d’Histoire et
esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne. Ses recherches et ses enseignements portent principalement sur les rapports entre cinéma et sciences du psychisme, avec un intérêt particulier pour une approche croisant histoire culturelle, épistémologie des médias et gender studies. Elle est l’auteure de Le Corps nerveux des spectateurs. Cinéma et sciences du psychisme autour de 1900 (L’Âge d’Homme, septembre 2015), et elle a co-dirigé avec Anne-Katrin Weber La Télévision du Téléphonoscope à YouTube. Pour une archéologie de l’audiovision (Antipodes, 2009). Elle travaille actuellement sur la représentation du fantôme et du médium spirite dans les films et séries télévisées contemporains (ouvrage à paraître chez Georg en 2018).

Intervention dans le cadre du séminaire Kinétraces 2018.

Université Paris 7 (5 Rue Thomas Mann, 75013 Paris)
Salle 682C (Bâtiment des Grands Moulins) – De 18h à 20h

Séminaire « La séance de cinéma » : programme

La séance de cinéma : sémantique, pratiques, imaginaires

Une séance par mois, de janvier à juin, de 18h à 20h
Université Paris 7 (5 Rue Thomas Mann, 75013 Paris)
Salle 682C (Bâtiment des Grands Moulins)

Lundi 29 Janvier : Ouverture du séminaire

La séance au prisme des études spectatorielles, Introduction par les porteurs du projet Séance(s)

Mireille Berton – Maître d’enseignement et de recherche, Section d’histoire et esthétique du cinéma, Faculté des Lettres, Université de Lausanne : « Le spectateur distrait : les femmes dans les salles de cinéma au début du vingtième siècle ».

Jeudi 22 février : Les dispositifs de la séance de la période muette

Ferdinando Gizzi – Docteur en Histoire des Arts et du Spectacle, Université de Florence. Chargé des acquisitions en langue italienne au département du Développement des collections de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) : « La séance de projection lumineuse à caractère pédagogique/religieux selon le Fascinateur (période 1903-1914) : un essai de reconstruction ».

Marion Polirsztok – Chercheuse post-doctorale en études cinématographiques et audiovisuelles – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 : « Entre la scène et l’écran : atmosphère et imaginaire du Prologue dans la séance de cinéma aux Etats-Unis dans les années 1920 ».

Mercredi 28 mars : Programmation et pédagogie, quels enjeux ?

Léo Souillés-Debats – Maître de conférence en études cinématographiques, Université de Lorraine : « ‘‘Présentation-projection-discussion’’ : la séance de ciné-club ou quand la salle de classe rencontre celle du cinéma ».

Eric Gatefin – Professeur en lettres modernes, Université de Tours – et Philippe Sellier – Responsable de la culture, commune de Saint-Florent-sur-Cher : « La programmation art et essai en milieu semi-rural : économie, enjeux, pratiques ».

Jeudi 26 avril – Les séances de cinéma « projetées en » littérature

Nadja Cohen – Chercheuse post-doctorale du FWO (fonds flamand de la recherche) en études littéraires, Université KU Leuven de Bruxelles : «Entrée des fantômes : la séance de cinéma dans le roman français contemporain »

Philippe de Vita – Professeur en lettres modernes, Université d’Orléans : « Projection du film, projection de la mémoire : la séance de cinéma dans les textes autobiographiques de cinéastes ».

Mercredi 16 mai : Les séances en institutions

Beatriz Tadeo Fuica, Docteur en films studies – Université de Saint Andrews / Marie Sklodowska Curie Fellowship – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 : « Croisements entre l’Europe et l’Amérique du Sud : une étude de séances organisées par des cinémathèques au cours des années cinquante ».

Stéphanie Louis – Chercheuse post-doctorale en histoire, Institut d’Histoire du Temps Présent/CNRS : « Le génie et l’ordinaire. Représentations de la programmation cinématographique dans le milieu culturel ».

Jeudi 7 Juin : Le principe de séance peut-il s’exporter hors de la salle ?

Olivier Aïm – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Celsa Paris-Sorbonne : « Existe-t-il un principe de séance dans le cas de la télévision ? ».

Jonathan Pouthier – Attaché de conservation et chargé de la programmation – Centre Pompidou : « Les salles/espaces de cinéma au Centre Pompidou ».

Avec le soutien de la Maison de la recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 ; de l’Université Paris Diderot – Paris 7 (CERILAC, axe EMOI) ; et du laboratoire ESTCA de
l’Université Paris 8.